vendredi 29 janvier 2016

Un grand merci à vous, visiteurs assidus

Revenant de temps en temps sur ce blog, qu'à mon grand regret j'ai du négliger, n'ayant plus le temps de l'éditer comme jadis, je suis à chaque fois surpris par le succès qu'il remporte encore, et ce alors même qu'il n'a pas été mis à jour depuis deux ans.

Cela fait plaisir, mais surtout cela appelle deux observations: d'une part, que l'intérêt pour les belles chaussures ne tarit pas, et même va grandissant si je me fie aux statistiques fournies par Blogger: ce mois-ci (janvier) a vu la deuxième plus haute fréquentation depuis le lancement, avec 2.570 pages-lues avant même le dernier week-end.

Ce n'est pas gigantesque, certes, mais pour un blog qui n'a pas été mis à jour depuis deux ans, et sur un sujet aussi étroit que la chaussure masculine de qualité, cela est loin d'être négligeable.

Ceci m'amène à ma deuxième observation: manifestement, ce sujet intéresse toujours, et notamment par son côté historique. Les chaussures, c'est bien; connaître leur histoire et leur tradition, en un mot leur culture, c'est manifestement mieux, du moins à vos yeux.

On ne peut qu'applaudir cette curiosité, cette soif de connaissance qui distingue l'amateur éclairé de l'acheteur voulant simplement être "à la mode."

Et vous, qu'en pensez-vous?

Souhaitez-vous que ce blog ressuscite, même avec une fréquence réduite? Postez vos commentaires, ainsi que vos idées et vos suggestions, en bas de cet article. Ils ne tomberont pas dans l'oreille d'un sourd, c'est promis.



dimanche 9 février 2014

L'entretien: un investissement nécessaire,
utile et bon marché

(Je reprends l'écriture de ce blog après une longue interruption, pendant laquelle la fréquentation a augmenté régulièrement, jusqu'à établir un record en janvier 2014. Il y a donc une demande pour cette approche au monde de la chaussure de qualité. Merci aux lecteurs.)


Au bénéfice d'un récent déménagement, j'ai eu l'agréable surprise de retrouver de vielles chaussures que, cachées dans la cave, j'avais oubliées depuis leur achat qui remonte à .... janvier 1986. Si je suis aussi affirmatif sur la date, c'est parce que cet achat a eu lieu l'avant-dernière fois qu'il a neigé à Rome - la dernière fut 30 années plus tard, en 2006 - où j'étais arrivé pour un reportage, bien chaussé pour une capitale Méditerranéenne mais pas pour Rome, ce jour-là. 

Donc, il fallut rechercher rapidement une paire de chaussures pas trop moche, mais pas trop chère; supportant la neige, mais pouvant aussi être portée après, car je ne suis pas un adepte des chaussures-kleenex, et bien entendu fabriquées avec des matières convenables, c'est à dire naturelles....

Voilà ce qu'on achetait encore, il y a 30 ans, pour moins de 20€ d'aujourd'hui: mes chaussures romaines. En 2014, on n'aurait même pas des modèles chinois soldés pour ce prix.
A cette époque bénie d'avant l'euro, l'Italie était encore un paradis pour les visiteurs venant de pays à la monnaie (relativement) forte, et il me semble les avoir payées environ 15-20,000 lires, à peu près 75-100 francs d'alors, soit 11 à 15 euros.  A titre de comparaison j'ai souvenir d'avoir payé environ 800-900 francs pour une paire de Paraboot, achétées aussi pour la neige, dix ans plus tard.

Après l'histoire, la réalité

Heureux de les avoir retrouvées, car j'en ai l'utilité à la campagne, si jamais il se met à y neiger, j'ai procédé de la façon la plus simple qui soit, et que je conseille par défaut: la graisse. J'ai déjà expliqué comment le graissage remplace avantageusement le cirage, mais là c'était indispensable. Bêtement, je n'ai pas pensé à les photographier dans leur jus, mais ces boots étaient desséchées, déformées, et marquées par d'importantes traces de sel, car manifestement je le ne avais pas nettoyées avant de les ranger.

Première étape: enlever le sel. Avec une brosse drue, on enlève le plus gros, puis on passe une éponge ou un linge humides, plusieurs fois si nécessaire en laissant sécher (Attention: surtout pas près d'une source de chaleur) entre chaque passage. L'avantage de ce nettoyage humide est que, à terme, il facilite la pénétration de la graisse tout autant qu'il dessale le cuir.

Ce que j'ai trouvé de mieux pour le cuir
La graisse que j'utilise pour toutes mes chaussures est la Chelsea Leather Food, un produit anglais assez remarquable qui convient à l'entretien de toutes sortes de cuir, et que l'on trouve aisément sur internet. Il existe des produits bien plus chers, porteurs de marques bien plus prestigieuses (quoique....) mais elles n'apportent rien de plus que celle-ci, et parfois bien moins. (Voir à ce propos un précédent post: "pas de cirage.")

Armé d'un chiffon en coton épais, j'ai passé deux couches successives de graisse, en prenant soin qu'elle pénètre bien dans le cuir ainsi que les coutures, dont elle garantit la longévité. Le cuir prend graduellement une belle teinte mate, qui ne dissimule pas ce qui reste des marques de sel, et s'assouplit de manière assez surprenante, surtout après un si long abandon.

Anatomie d'un achat:
Voilà les chaussures romaines une fois graissées et mises sur embauchoir avant une deuxième couche de graisse dans quelques jours, une fois sèches. Que peut-on dire de ces chaussures? Que valent-elles maintenant?

Le problème des chaussures portée, mouillées et mal séchées, c'est notamment qu'elles plissent, et encore davantage si elles sont trop grandes (chaussettes épaisses obligent). On n'y peut pas grande chose, mais les plis s'estomperont avec des embauchoirs à la bonne taille et des graissages répétés.

Il n'en disparaîtront pas pour autant, mais est-ce bien grave pour des chaussures destinées à être portées dans la boue ou dans la neige?
Malgré leur prix plus que raisonnable, mes chaussures romaines sont de qualité plus qu'acceptable.

Il s'agit de chukka boots entièrement en cuir, doublés de cuir jaune et légèrement rembourrées pour isoler du froid. On notera, sur la photo du haut, que les lacets bicolores sont assortis au cuir extérieur et à la doublure....bon marché, mais chic!
On remarquera également les œillets métalliques, qui n'ont pas rouillé depuis tout ce temps, et qui sont donc probablement en laiton à six côtés.
La semelle en caoutchouc est épaisse (1,5 cm), et porte de surcroît des gravures anti-dérapantes - utiles sur neige et verglas. Mais la semelle montre aussi combien peu elles ont été portées.
Comme on peut le voir ci-dessus, le montage est somme toute complexe, avec un cousu norvégien et double trépointe. Il y a également deux semelles intermédiaires avant celle au caoutchouc, ce qui assure étanchéité et isolation thermique.
Le cuir, malgré le graissage, porte - hélas - les marques de mon incurie, et on voit bien les petits plis qui font que ces chaussures ne récupéreront jamais leur éclat d'origine. Mais, finalement, est-ce anormal que des chaussures portent les traces de leurs vie de baroudeur? Au moins, on verra que vous utilisez vos chaussures pour l'usage pour lequel elles ont été fabriquées, et non pas pour flâner dans un salon.

Pourquoi ne trouve-t-on plus ce genre de chaussures, dans cette catégorie de prix?

Parce que les fabricants qui y voyaient encore un intérêt il y a 30 ans ont fermé boutique, les marges ayant violemment rétréci, et seuls les fabricants chinois (merci à l'Organisation Mondiale du Commerce) sont en mesure de nous noyer sous des millions de chaussures à prix abordables, mais de piètre qualité.
.
Quel enseignement faut-il en tirer? Pas grande chose, car l'économie de manière générale, et l'économie de la chaussure en particulier, a été bouleversée au cours de la dernière décennie.
Mais en tout cas n'espérez pas trouver, en cas de chutes de neige imprévues, des chaussures aussi bon marché et d'aussi bonne qualité que j'ai pu le faire il y a 30 ans.

Un conseil: pensez plutôt aux bottes en caoutchouc pour vous dépanner. On en trouve maintenant des pas chères, étanches et ne nécessitant aucun entretien, partout ou presque, pour quelques euros.


mercredi 3 avril 2013

Chaussures "faites main":
La Commission européenne nous donne raison

Nous avons déjà expliqué ici et ici nos divergences de vues avec l'état français, qui depuis 1948 limite, en matière de chaussures, l'utilisation du terme "fait main" aux seuls bottiers.

Nous estimons, a contrario, que les chaussures anglaises que nous importons en France sont "faites main", même si ce n'est pas le cas au regard du droit français, car même s'il est largement fait usage de machines dans leur fabrication, la main de l'ouvrier intervient en permanence, comme le montrent les vidéos des producteurs, ici et ici(La deuxième vidéo porte d'ailleurs le titre: "How traditional English shoes are hand-made.")

Nous avions donc porté cette affaire devant la Commission européenne, estimant que la loi de 1948 contrevenait au principe de libre circulation des marchandises au sein de l'Union, et qu'elle constitue en outre un "obstacle technique au commerce intracommunautaire" que le droit européen proscrit.


Montage de la tige sur la forme avec une machine pneumatique
Dix-huit mois après, la Commission nous a donné raison. Elle vient de nous informer que :

"L'instruction de votre plainte a conduit la Commission à considérer qu'une infraction au droit de l'Union européenne était susceptible d'être constituée. En vertu de l'article 258 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), elle a donc décidé d'envoyer une lettre de mise en demeure aux autorités françaises. Cette lettre constitue la première étape officielle de la procédure de manquement au droit de l'Union visée par l'article 258 précité."

En effet,

"Aux termes de la mise en demeure, la Commission estime que le régime actuel de dénomination des chaussures « fait main » en France constitue une mesure d'effet équivalent à une restriction quantitative contraire à la libre circulation des marchandises consacré par l'article 34 TFUE et non justifiée au titre de l'article 36 TFUE."

La France a deux mois pour répondre.

Nous attendons avec intérêt la réponse des autorités françaises, mais nous estimons toujours qu'elles auront du mal à justifier, comme le stipule la loi n° 48-824 du 14 mai 1948, que l'on puisse admettre l'utilisation de machines pour certaines opérations de production de chaussures "faites main," mais pas pour d'autres.

En fait, chez les producteurs britanniques, les machines ne sont utilisées que pour certaines opérations (formage, coutures, marquage), mais ces opérations sont toujours effectuées à la main par un ouvrier spécialisé et généralement très expérimenté étant donné le coût des matières premières. Il ne s'agit donc pas d'une production de masse, même si ce n'est pas une fabrication exclusivement à la main.
Couture de la trépointe sur la tige à l'aide d'une machine.
Mais, de nos jours, que fabrique-t-on encore exclusivement à la main? Et quel avantage retire-t-on d'une telle fabrication?

La loi de 1948 avait été promulguée dans l'immédiat après-guerre pour protéger une profession artisanale menacée. Mais le temps a passé, et les rares bottiers encore en activité sont généralement florissants, et n'ont pas besoin d'une loi archaïque pour les protéger des dures réalités du marché. En outre, entre leurs chaussures sur mesure à plusieurs milliers d'euros et les chaussures à quelques centaines d'euros des producteurs britanniques, aucune confusion n'est possible: nos clients achètent les yeux ouverts, et aucune confusion n'est possible.

En fait, la loi de 1948 était basée sur une confusion lexicale: le législateur de l'époque a protégé le terme "fait main" alors qu'il voulait en fait protéger la notion de "fait sur mesure," caractéristique du bottier, entre autres.

Ces derniers, des professionnels qui fabriquent des vêtements "sur mesure" en utilisant des machines (à coudre et à repasser, entre autres), n'ont jamais ressenti le besoin de s'attribuer l'exclusivité du terme "fait main." Pourquoi en serait-il autrement pour les bottiers, et pour eux seuls ?

Pour la prochaine étape, rendez-vous dans deux mois.....si les autorités françaises répondent dans les délais.

En attendant, vous pouvez trouver une large gamme de chaussures "hand-made" (pas encore "faites main," pour quelques mois) dans notre boutique en ligne, Britannic Shoes, et notamment nos dernières-nées, des desert boots fabriqués artisanalement dans le Suffolk anglais à nos spécifications.


mardi 5 mars 2013

L'artisanat anglais à vos pieds:
les nouvelles bottines Suffolk Boots

Importateur exclusif des brogues irlandais, Britannic Shoes est toujours à la recherche de produits d'exception permettant à ses clients de se chausser avec des produits de qualité sans nécessairement faire l'impasse sur une certaine originalité.

C'est dans cette optique que nous sommes très heureux d'annoncer l'arrivée dans notre boutique virtuelle de deux nouveaux modèles produits par une entreprise artisanale du sud-est de l'Angleterre, Ray's Veldts: le desert boot Ethelred et le chukka boot Red Oak.

Le desert boot Ethelred
Ces deux modèles partagent une même origine, et les mêmes caractéristiques: il s'agit de modèles fabriqués artisanalement, quasiment à la commande, selon les techniques les plus traditionnelles, par une petite entreprise artisanale.

Autant que faire se peut, elle utilise des matières premières fabriquées en Angleterre, sauf pour certains textiles techniques et certaines semelles italiennes (Vibram). Jusqu'ici, elle écoulait l'essentiel de sa production dans sa région du Suffolk, sur la côte orientale de l'Angleterre.

Nous avons été attirés par cet aspect artisanal, mais surtout par la qualité qu'il permet: les chaussures sont faites à la main, et les cadences à l'ancienne permettent à un même ouvrier de fabriquer une paire de chaussures du début jusqu'à la fin. Chacun fait donc un contrôle continu de la qualité, avant le contrôle final effectué par le chef d'entreprise.

jeudi 31 janvier 2013

Pourquoi les hommes ne portent-ils plus de talons hauts?

Je reprends cette chronique après plus d'un mois d'interruption en raison d'impératifs professionnels liés à mon véritable métier.



Sous ce titre intriguant, le site web de la BBC s'est lancé dans une longue et intéressante étude des talons hauts qu'ont porté jadis les hommes. Et il en ressort que, pendant des siècles et jusqu'à une époque relativement récente, les talons hauts étaient un élément de mode essentiellement masculin.

Les talons hauts, comme le savent bien les femmes, ne sont ni pratiques, ni confortables, et en les portant il faut éviter les pelouses, les rue pavées, et le verglas - et même, si on porte des talons aiguilles, les beaux parquets. En fait, on en arrive à se demander si ces talons hauts ont bien été inventés pour la marche - et avec raison, car à l'origine ce ne fut pas du tout le cas.

"Les talons hauts étaient portés pendant des siècles par les cavaliers du Moyen-Orient et de Perse,"  dit Elizabeth Sammelhack, du Bata Shoe Museum à Toronto, "car il était essentiel qu'ils puissent se caler, debout dans leurs étriers, pour pouvoir décocher leurs flèches avec précision."

A la fin du 16ème siècle, le Shah Abbas 1er de Perse disposait de la cavalerie la plus puissante au monde et, recherchant des alliés pour vaincre son ennemi héréditaire, l'empire Ottoman, il dépêcha en 1599 la première ambassade perse en Europe, qui se rendit auprès des cours royales de Russie, de Norvège, d'Allemagne et d'Espagne.

La chaussure perse remporta un vif succès en Europe
Cette mission diplomatique déclencha une vague d'intérêt pour toutes les choses perses, et les aristocrates de ces pays adoptèrent la chaussure perse, qui donnait une apparence virile et masculine à celui qui la portait. Lorsque ces chaussures commencèrent à être adoptées par les classes moyennes, les aristocrates s'en démarquèrent en adoptant des talons toujours plus hauts. Bien entendu, ce genre de chaussure était parfaitement inadaptée aux rues boueuses et impraticables de l'Europe du 17ème siècle, mais cela faisait justement partie de leur attrait.

jeudi 3 janvier 2013

Bonne et heureuse année à nos lecteurs et amis

L'équipe de Britannic Shoes et moi-même, auteur de ce blog, souhaitons aux lecteurs et amis de la maison des Belles Pompes, ainsi qu'à tous les amateurs de belles pompes qui ne nous connaissent pas encore, une bonne, heureuse et prospère année 2013.

Les exigences de mon activité principale m'ont laissé peu de temps ces dernières semaines pour tenir à jour ce blog, mais la situation devrait s'améliorer prochainement, me permettant ainsi de continuer à explorer les recoins les moins connus du monde de la chaussure britannique, et européenne, mais toujours de qualité.

En attendant, profitez de cet intervalle pour me faire part de vos questions, de vos suggestions de sujets à traiter, et de toute autre réflexion concernant notre champ d'intérêt, et je ferai mon possible pour y répondre.

A vos claviers, donc.


Avec nos remerciements à Angela Sacco (http://angelasacco.perso.sfr.fr/) à qui nous avons emprunté cette belle image.

vendredi 14 décembre 2012

Quand le nec rencontre le plus ultra

Si on aime les belles chaussures, on aime généralement les belles choses, et quand on aime, on ne compte pas.... Cette transition un peu rapide semble avoir inspiré un malletier bordelais qui réalise, depuis une dizaine d'années, de très belles malles sur mesure, et dont certaines sont destinées à l'amateur de chaussures, qui peut ainsi y mettre à l'abri toute sa collection et tous les accessoires nécessaires à son entretien, et les transporter à sa guise. Et même, par les temps qui courent, les emmener avec lui en Belgique ou en Suisse, sans risque de les abîmer.

Si votre oncle d'Amérique vous a demandé ce qui vous ferait plaisir pour Noël, voici donc la réponse toute trouvée!

La malle Palace
Cet artisan bordelais, Franck Tressens, réalise sous sa marque Ephtee divers modèles de malles dont les contenances s'échelonnent de six à 30 paires de chaussures, avec à chaque fois des fonctionnalités originales: table de travail escamotable, sièges, plans de travail....tout, semble-t-il, peut être envisagé.

La marque propose également une large gamme d'accessoires plus simples, allant du tapis de cirage en cuir aux coffrets et mallettes d'entretien en bois et cuir, et allant même jusqu'au "banc de cirage" et - comble du raffinement ou summum de la démesure - au siège de cirage baptisé Figaro, dont voici la description qu'en fait son concepteur:

Siège sur roulettes en bois laqué, assise et parements en cuir, et laiton massif encastré, il est parfait pour ranger tous les accessoires de cirage. Une tablette dépliable est à la disposition du cireur pour stocker les chaussures en cours d’opération.

Ce sont, indiscutablement, de très beaux objets, et dont le prix est à la mesure de leur qualité apparente. Notre demande de renseignements sur les prix a été ignorée, mais nous avons néanmoins pu trouver des articles de presse faisant état de chiffres assez extravagants. Jugez-en vous-même:

La malle JD contient 14 paires
La malle JD, qui contient 14 paires de chaussures, coûte déjà 15.000 euros, d'après un tarif Ephtee relevé sur un forum - ce qui fait tout de même environ 1.000 euros par paire rangée. Cette malle mesure 145 cm de haut, 55 cm de large, et 65 cm de profondeur, et comporte, visibles sur la photo ci-contre, des formes pour le glaçage. Elle joint donc l'utile à l'agréable. Mais une question vient alors à l'esprit: que faire si on possède 15 paires?

A ce niveau de prix, on hésite alors même à imaginer combien pourrait coûter la malle Palace, largement plus grande avec une contenance de 30 paires, et qui comporte de grands tiroirs de rangement latéraux, tandis que "le vaste plateau se transforme en cabinet de cirage ou en bureau d'appoint." 

Quant au siège - il s'agit en fait d'un tabouret - de cirage Figaro, qui comporte tiroirs de rangement et autres plateaux rabattables, le tout monté sur roulettes et réalisé en bois souligné de cuir, il coûtait, lui, 990 euros il y a déjà un certain temps.

Il est vrai que certains accessoires sont nettement plus abordables, et sortent largement du rang grâce à une esthétique très réussie. Ils feraient sans doute aussi votre bonheur si votre oncle d'Amérique venait subitement à s'enfuir à la vue du prix de ces malles.

Il y a de quoi. Pour le prix de la malle JD pouvant contenir 14 paires, on peut s'acheter en ces temps de crise une voiture moyenne ou alors, au choix, trois ou quatre paires de chaussures sur mesure chez Lobb (celui de Londres); 15 paires de chaussures prêtes à porter chez Edward Green, ou encore 30 ou 40 paires des plus beaux modèles de Crockett & Jones, ou encore... enfin, vous voyez où je veux en venir.

Le siège Figaro
En fait, plus qu'à des particuliers, ces malles conviennent davantage à des professionnels voulant exposer des produits de luxe dans des salons ou chez des clients, et pour lesquels la facilité de transport que permet la malle sera déterminante. Et dont la société pourra plus facilement absorber le coût que ne peut le faire un particulier.

Cela étant, pour ce qui me concerne, je suis très tenté d’appeler tous mes parents, proches ou éloignés, pour savoir si je n'aurais pas, quelque part, un oncle d'Amérique que j'aurais oublié....


photos (c) Ephtee



samedi 8 décembre 2012

L'étude qui cachait son jeu

Un certain nombre de journaux ont rendu compte d'une récente enquête sur les modes d'achats de chaussures, qui constatait que "seul un consommateur sur dix achète ses chaussures uniquement sur le web", et en concluait que: 

"L'e-commerce de la chaussure peine à séduire les internautes," ainsi que le rapportent avec une belle constance La Dépêche et Le Parisien.

A première vue, des informations intéressantes, et qui méritent d'être approfondies.

On constate alors - mais seulement à la page 9 du sommaire, et seulement si on regarde très attentivement un schéma - que le panel utilisé pour cette étude était, en fait, composé à 100% de femmes, ce qui enlève toute pertinence aux conclusions que l'on a voulu en tirer de façon un peu trop hâtive, pour ne pas dire superficielle.

Ce n'est pas de la misogynie, mais le simple constat que les habitudes d'achat féminines ne sont pas, et loin s'en faut, représentatives de celles de l'ensemble des acheteurs, comme le démontrent d'ailleurs de façon irréfutable les pubs que passent les sites de vente féminins à la télévision.

Au mieux, cette étude pourrait apporter des informations sur les habitudes d'achat en ligne des femmes en matière de chaussures, mais guère plus. C'est pourquoi vous n'en trouverez pas, ici, d'autre citation.

mardi 4 décembre 2012

Les fabricants anglais sont-ils assis sur une bombe à rétardement? (Mis à jour le 6 décembre)

L'industrie anglaise de la chaussure a survécu à bien de crises depuis que l'arrivée des machines à coudre Blake et Goodyear au 19ème siècle permit la mécanisation de la botterie et la fabrication en série des chaussures, révolutionnant ainsi le métier.
C&J ne trouve plus assez d'apprentis
Suivirent les énormes montées en cadence, suivies de compressions brutales, lors des deux guerres mondiales; l'apparition des chaussures synthétiques; puis l'arrivée massive de chaussures bon marché du sud de l'Europe, du Tiers Monde, et plus récemment de Chine.

A chaque fois, l'industrie anglaise sut s'adapter, en se concentrant sur la qualité de sa production, même si chaque crise a provoqué son lot de faillites et de restructurations qui ont éclairci les rangs des manufactures traditionnelles du Northamptonshire, après avoir totalement dévasté celles du Leicestershire, deuxième région anglaise ou s'était développée cette industrie.


Mais se profile à l'horizon un danger encore plus grave, car il vient cette fois de l'intérieur, et auquel personne ne pensait réellement: les jeunes anglais sont de moins en moins attirés par les métiers de la chaussure, qui ont cependant comblé la génération de leurs parents.

lundi 3 décembre 2012

Soin des chaussures: arrêtons le délire

Nous avons tous lu des récits des prétendues soirées "cirage" qu'organiserait une célèbre marque de chaussures parisienne pour ses meilleurs clients, et où après un dîner dans un restaurant réputé on enlèverait le couvert, on sortirait les chaussures que les convives avaient apportées, et l'on continuerait la soirée en glaçant tous ensemble ses chaussures au champagne Dom Perignon tout en se racontant des histoires de chaussures.

Il est assez désolant de penser que des adultes puissent porter la passion pour leurs chaussures jusqu'à de telles extrémités, mais rassurez-vous: il n'est nullement besoin d'en arriver là pour que vos chaussures soient toujours impeccables. Comme pour les meubles ou l'argenterie, l'entretien de vos chaussures ne nécessite que de l'huile de coude, quelques accessoires simples et, peut-être, un peu d'eau. Gardez donc votre champagne pour le boire avec vos proches, c'est bien plus agréable.


jeudi 29 novembre 2012

Blucher, gibson et derby : même combat?

Il existe une variante pas très répandue de la chaussure que l'on connaît sous le nom de derby, et qui a acquis une identité propre -- en fait, une double identité car elle est appelée gibson au Royaume-Uni et blücher en Allemagne et dans les pays d'Europe centrale ainsi que, de manière plus surprenante, aux Etats-Unis. De quoi s'agit-il?

derby, blücher ou gibson?
Ces trois noms désignent des chaussures à laçage ouvert : seraient-ils interchangeables, une nouvelle manifestation de la tendance qui veut que, en matière de chaussures comme ailleurs, l'on fasse compliqué quand on pourrait faire simple?

A la base, blücher et gibson sont simplement d'autres noms pour le patronage derby, qui se caractérise par la présence de garants cousus sur une claque unie, c'est à dire constituée d'une seule pièce de cuir qui comprend aussi la languette.

Serait-ce là leur seule différence?

dimanche 25 novembre 2012

Voici nos chaussures sur mesure :
le summum du luxe, sans le bling-bling


Un an après notre boutique en ligne, et en collaboration avec le bottier anglais Tony Slinger, Britannic Shoes lance une nouvelle activité : la fabrication de chaussures sur mesure, réalisées entièrement à la main. Le summum du luxe discret, en quelque sorte.

Quelques réalisations de Tony Slinger

Nos chaussures Britannic Bespoke by Tony Slinger sont entièrement fabriquées à la main, jusqu'au fil utilisé pour les coutures, selon deux méthodes de construction, en fonction des modèles, de vos préférences et de vos goûts :

-- la construction cousue-collée, qui convient aux chaussures plus légères, et
-- la construction cousue trépointe, qui comme son nom l’indique intercale une trépointe entre tige et semelle. C'est la méthode traditionnelle et la plus recherchée.

Montage de la trépointe sur la tige
Vous pourrez choisir un modèle existant dans notre catalogue, vous en inspirer pour créer un modèle unique, ou créer d’emblée une chaussure d’après votre propre dessin : la gamme des possibilités est immense, qu’il s’agisse de chaussures de ville, de marche, de bottes ou bottines, ou de chaussures de sport, notamment de golf.

En outre, Tony Slinger produit également des chaussures orthopédiques : c’est dire s’il connaît bien la physionomie du pied. Ces connaissances seront particulièrement utiles si, comme c'est le cas de la majorité de la race humaine, vos pieds vous posent des problèmes ou vous font souffrir.

mardi 20 novembre 2012

Les bottiers hongrois sur Internet

Nous avons examiné, dans un précédent post, les styles de chaussures héritées de l'Empire austro-hongrois, les formes dites Budapester et Theresianer, qui rencontrent encore aujourd'hui une grande popularité en Europe centrale.

Il est encore plus remarquable d'observer que la Hongrie, qui a une très forte et très ancienne tradition bottière, arrive encore aujourd'hui à soutenir économiquement au moins une dizaine de bottiers, alors qu'en France, pays six ou sept fois plus grand, on n'en compte plus autant depuis longtemps.

Dans un but documentaire, nous avons recensé ci-dessous les principaux bottiers hongrois ayant une présence commerciale sur Internet.

Plusieurs bottiers hongrois produisent des Budapester, et plusieurs d'entre eux ont des sites internet assez élaborés où ils présentent leur production et vendent une sélection de leurs modèles prêts à porter. Leurs galeries photo valent également la peine d'être parcourues.

Le site Budapester (et sa version anglaise, Budapester Shoes) est exploité par une société allemande qui contrôle deux ateliers de botterie situés à Budapest: Heinrich Dinkelacher et László Vass.

Un autre site, cette fois hongrois, porte aussi le nom de Vass: il s'agit de Vass Cipo, qui présente une très large gamme de modèles fabriqués sur mesure ou à la commande, par le même László et sa fille Eva.

Est également présent sur internet l'atelier Koronya, dirigé par le bottier le plus célèbre de Hongrie, le très médiatique Marcell Mrsán, qui s'est fait un nom à l'international grâce à son blog et à ses cours de fabrication de chaussures, en video ou en personne, qu'il dispense jusqu'au fin fond des Etats Unis.

Notre quatrième bottier hongrois est la jeune entreprise Buday Shoes, dont le style classique est bien servi par une débauche de cuirs de couleur et des coutures décoratives goiser proprement flamboyantes.

De toutes celles que nous avons visionnées pour préparer ce post, ce sont les Budapester de Buday (ci-contre, on modèle de la gamme hiver) qui semblent le mieux marier couleurs, décorations et ligne pour obtenir des chaussures superbes, mais sans les excès et les fautes de goût qui, trop souvent, gâchent les tentatives d'égayer ou mettre au goût du jour des modèles classiques.

Ce ne sont certes pas ces chaussures de tous les jours, quoique beaucoup de modèles sont somme touts assez conservateurs, mais dans un contexte de fête ou de vacances, notamment aux sports d'hiver, elles font partie de ces articles originaux qui peuvent parfaitement convenir à l'homme élégant qui ne se prend pas trop au sérieux.

Attila Cipo ("chaussures Attila"), autre bottier créé en 1994, réalise non seulement de magnifiques Budapester (ci-contre, détail de son full brogue cousu goiser), mais également une large gamme de chaussures plus conventionnelles, dont une collection contemporaine proprement hallucinante, et des modèles historiques et régionaux.

Un autre bottier hongrois, Demeter & Halmos, mérite d'être cité dans ce post. Bottier traditionnel établi en 1974, il s'est ouvert à l'international depuis 2010. D&H produit de bien beaux modèles de chaussures et de bottes, fines et élégantes, et assez proches des goûts français et italien. Dans sa gamme on trouve néanmoins un véritable Budapester, probablement un clin d'oeil au passé.

Sallay Shoes (ou Sallay Cipo, en hongrois, car vous avez compris que cipo = chaussure) est un autre bottier produisant de très beaux Budapester ainsi que, comme ses confrères, une gamme de modèles plus légers plus adaptés aux canons latins de la beauté.

Rozsnai Shoes est le magasin en ligne de la société La-Belly Ltd., entreprise familiale lancée en 1980 par Rozsnyai Sandor. Outre les chaussures cousues main pour homme mais aussi pour femme (uniquement sur commande), la société produit également des chaussures orthopédiques, des chaussures et bottes sur mesure, ainsi que des chaussures de golf et des chaussures pour déguisements. Elle revendique la certification ISO 9001, et propose deux gammes distinctes, classique et contemporaine,  cette dernière faisant preuve d'une belle créativité.

Bien qu'il soit avant tout un spécialiste de la botte cavalière faite main, avec des références impressionnantes, István Tóth produit aussi des chaussures, des bottes de marche, en fait, tout ce que l'on peut chausser: tout est entièrement cousu main, avec souvent des clous en bois.

Ivan Sasvari est un autre spécialiste de la botte d'équitation, et comme le précédent produit également une large gamme de bottes - dont des bottes de hussard - et de chaussures cousues main, dont naturellement des Budapester.


Selfridge's, les anglais et leurs driving shoes

D’accord, après Dubai et ses 9.000 mètres carrés, ce n’est pas grande chose, mais cela reste appréciable à l’échelle européenne : le célèbre magasin londonien Selfridge vient d’ouvrir, dans son siège historique d'Oxford Street, un rayon de chaussures pour hommes d’une surface de près de 1.400 m2, soit l'équivalent d'une trentaine de boutiques traditionnelles.

L’on peut y trouver un stock de 72,000 paires de chaussures de 3.200 "styles" et 250 marques différentes, ce qui en fait, selon Selfridge, le plus grand magasin de chaussures pour hommes au monde. Et on y trouve de tout: du thong Havaianas à £25 aux bottes sur mesure de Tom Ford, vendues £10,000 la paire, mais avec une très nette prédominance pour les marques « mode » dont on sait ce qu’il faut en penser en matière de qualité: Prada, Bottega Veneta, Versace, et tutti quanti. Il y aura même une boutique hommes de Christian Louboutin, le célèbre chausseur pour femmes, alors....

Le rayon des "driving shoes" est très bien achalandé
Il y a des salons où l’on peut acheter des chaussures sur mesure, des accessoires, et surtout un salon consacré à cette excentricité très anglaise, la driving shoe (chaussure de conduite). On y trouve une large gamme de richelieu sportifs et de mocassins très légers destinés à faciliter la conduite, et censés faire de vous un meilleur conducteur, un peu comme ces mitaines à dos crocheté que l'on portait au volant dans les années 1950 devaient vous transformer en Fangio....

Et si dans ce domaine la marque italienne Tod’s a une longueur d’avance, elle est suivie de près par de nombreux imitateurs venant du monde entier, et comprenant des marques prestigieuses comme Gucci, Carshoe, Bottega Veneta et Prada aussi bien que des moins connues, comme la brésilienne Fairmount.

Car, aussi étonnant que cela puisse paraître, le secteur de la chaussure de conduite est, selon les responsables de Selfridge, le plus dynamique et le plus concurrentiel du marché de la chaussure pour homme.

dimanche 18 novembre 2012

Fabrication à la main & "hand-made": An 2

Nous nous étions plaints, dans un de nos tous premiers billets, des restrictions qu'apporte toujours une loi française de 1948 à l'utilisation de l'appellation "fait main" dans le secteur de la chaussure, et qui nous empêche notamment de qualifier nos chaussures, pourtant parfaitement "hand-made" au Royaume Uni, de "fabriquées à la main" dès qu'elles franchissent la Manche.

Elles sont faites avec mes pieds, mes chaussures?
Nous avions également expliqué avoir déposé une plainte à ce sujet auprès de la Commission européenne, afin que ce texte soit mis en conformité avec le droit européen, qui n'admet aucun "obstacle technique au commerce intracommunautaire." 

Nous considérons que ce texte en est un exemple d'école, car il interdit de facto l'importation de chaussures "faites main" en créant une distinction parfaitement artificielle et spécieuse entre méthodes de fabrication. Et, une fois cette distinction faite, on voudrait s'en servir pour contraindre les chaussures produites à l'étranger de s'y conformer, et donc d'abandonner leurs spécificités en pénétrant le marché français.


Outre son aspect inutilement restrictif, nous estimons que ce texte est aussi profondément illogique, car il interdit, pour les chaussures portant l'appellation "faites main," tout recours à la machine "sauf en ce qui concerne l'assemblage des diverses pièces composant la tige". Mais pourquoi donc cette exception?


mercredi 14 novembre 2012

(Mis à jour le 5 décembre):
Chaussures étroites ou pointues: attention, santé!

En voulant acheter des chaussures à l'esthétique plaisante, on oublie trop souvent les aspects pratiques qui devraient, au contraire, être le principal critère de choix, étant donné l'importance de la santé de nos pieds pour notre bien-être général.

Si ce sont les femmes - fashion oblige - qui se laissent le plus souvent dicter la forme de leurs chaussures par la mode, certains hommes mal avisés se laissent également influencer, et achètent par exemple des chaussures pointues pensant se mettre, eux aussi, à la mode. Les conséquences sont moins graves pour les femmes, dont les chaussures ont une courte durée de vie, alors que les hommes les gardent longtemps.

Faut-il en arriver là pour être bien dans ses chaussures ?
La forme des chaussures, rapportée à la physionomie de chaque pied, a une influence déterminante sur les pathologies du pied, comme le rapporte fort opportunément le Dr Michel Maestro, chirurgien orthopédiste et spécialiste du pied à Monaco, et cité dans un récent article de Corse Matin.

Ce spécialiste nous y apprend que l'un des motifs de consultation les plus fréquents, en cette matière, sont les "déformations importantes des orteils latéraux, des douleurs à l'appui, des cors et des durillons, avec des douleurs par conflit avec la chaussure » que l'on peut attribuer à un mauvais "chaussage, notamment les bouts de chaussures trop étroits."

dimanche 11 novembre 2012

Dubai gagne (encore) la course à la démesure

9.000 mètres carrés - 244 marques - 15,000 paires de chaussures: ces quelques chiffres donnent une idée de ce qu'est Level Shoe District, le magasin de chaussures le plus grand du monde, qui vient d'être inauguré à Dubaï.

Un concept un peu paradoxal dans un pays où les hommes portent le plus souvent des savates, mais finalement assez conforme à la démesure dont ce petit état s'est fait une spécialité. Et conforme aussi à sa tradition commerciale millénaire, qui trouve son expression moderne dans les centres commerciaux dont le nombre, la taille et les prix très abordables - grâce à l'absence quasi-totale d'impôts et de taxes - en font l'une des mecques du shopping mondial.

Une des zones "multimarques"
Level Shoe District se trouve dans The Dubai Mall, l'un sinon LE centre commercial le plus moderne et plus luxueux du pays, et qui appartient à un groupe régional spécialisé dans le luxe, Chalhoub Group, dont le directeur note, à cette occasion, que le luxe ne s'est jamais aussi bien porté dans la région malgré l'explosion de la bulle immobilière. Mais ça nous, qui payons notre essence plus de 1.6 euros le litre, nous le savions déjà.


mercredi 7 novembre 2012

Une bien curieuse industrie....

Si l'on  ne s'intéresse qu'à une petite niche du marché de la chaussure, comme c'est notre cas, on n'a pas toujours conscience de l'état de l'ensemble de cette industrie. C'est pourquoi les premières perspectives de l'activité de l'année 2012, annoncées début novembre par le président de la Fédération Française de la Chaussure, offrent l'occasion de faire le point sur se secteur d'activité.

On apprend de la bouche de Jean-Pierre Renaudin, le président de la fédération, dont les propos sont rapportés par l'AFP, que l'année en cours devrait être "stable ou très faiblement négative," avec un repli du chiffre d'affaires de l'ordre de 1-2%. Mais par rapport à quoi?

Infographie (c) Telegramme de Brest
Le site de la FFC présente une analyse de l'activité pour l'année dernière, où on apprend que le chiffre d'affaires s'est monté à 861 millions d'euros pour une production de 24 millions de paires. Cela met le prix moyen de la chaussure "sortie d'usine" à 35,8€ la paire, tous modèles confondus.

La FFC indique aussi que les 82 entreprises françaises du secteur productif emploient 5.760 personnes, ce qui équivaut à un chiffre d'affaires par employé de 149.500€. A titre de comparaison, le CA par employé du Groupe EADS, la maison-mère d'Airbus, a été de 313.000€ en 2011: la high-tech rapporterait-elle à peine le double que la chaussure? L'explication, détaillée plus bas, est la sous-traitance.

vendredi 2 novembre 2012

Souvenirs impériaux: Budapester & Theresianer

L'empire austro-hongrois, qui jusqu'à la fin de la première guerre mondiale s'étendait sur l'essentiel de l'Europe centrale et orientale ainsi que les Balkans, se développa autour de deux capitales, Vienne et Budapest, chacune apportant ses spécificités culturelles dans tous les domaines, y compris celui de la botterie.

La Budapester a un bout droit vertical
Cependant, là où les bottiers viennois adoptèrent un style assez conventionnel, où se mélangent influences italienne et anglaise, leurs homologues hongrois adoptèrent un style beaucoup plus original et reconnaissable au premier coup d'oeil autant par sa forme que son aspect, plutôt massif et épais : le style dit de Budapest ou, en allemand, Budapester.

Ce type de chaussure est, invariablement, un derby, le plus souvent mais pas toujours à cinq oeillets, et dont les garants et languette remontent assez haut sur le cou de pied. Mais sa spécificité ne s'arrête pas là.

lundi 29 octobre 2012

Cuirs traités, glacés, brillants....fuyez, vite!

Il est regrettable que ce blog soit amené à passer de plus en plus de temps à dénoncer les travers de l'hyper-marketing, qui voudrait faire acheter des produits souvent de mauvaise qualité à des prix généralement excessifs, pour ne pas dire réellement hallucinants lorsqu'on les compare à la qualité du produit. C'est pourtant une mission que nous assumons pleinement, car un consommateur mieux informé sera mieux armé pour distinguer entre bonnes affaires et abus.
Mais c'est promis: nous reviendrons bientôt à des sujets plus positifs.

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De temps à autres, probablement pour renseigner leurs lectrices sur les sujets qui intéressent leurs compagnons, les magazines féminins s'intéressent à la mode masculine, comme l'a fait récemment Madame Figaro. Cet hebdo nous a gratifiés d'une série de photos sur la dernière "tendance" qu'il a cru déceler: dans l'Effet Miroir, il nous explique en effet que "le classique derby pour homme se modernise avec des cuirs traités glacés et brillants." Vraiment? Voyons cela de plus près.

Revoici Paul Smith....
Ce "reportage" consiste en fait en une galerie de douze photos qui illustre une nouvelle fois, et avec force, pourquoi les chaussures pour homme devraient être laissées à des marques spécialisées, qui savent ce qu'elles font, et non à des marques de mode génériques dont le coeur de métier, le savoir-faire essentiel, consiste en la commercialisation de produits souvent de second choix à des prix extravagants.

Malencontreusement, la rédactrice de Madame Figaro ne connaît visiblement pas grande chose au sujet qu'elle aborde ici: sur les 12 chaussures présentées, seules 7 sont réellement des "derbies" -- et encore, en admettant qu'un mocassin à double boucle puisse être considéré comme un derby, alors que cette appellation est plus souvent réservée à des chaussures lacées. Nous trouvons ensuite trois "richelieu" et deux bottines basses sans laçage, dont celle ci-dessous à droite, réédition moderne et bicolore de la vénérable chelsea boot avec ses côtés en tissus élastifié. Sept sur 12, ce n'est vraiment pas terrible côté précision.